Le cumul emploi-retraite permet aux professionnels libéraux de poursuivre leur activité professionnelle tout en percevant leur(s) pension(s) de retraite. De nouvelles règles applicables à ce dispositif devraient entrer en vigueur à compter du 1er janvier prochain, avec un durcissement des conditions permettant aux dirigeants de cumuler les revenus issus de leur activité professionnelle avec leur pension de retraite.
Cumul emploi-retraite : quelles sont les règles actuelles ?
Faut-il cesser son activité ?
Pour percevoir leur(s) pension(s) de retraite, les dirigeants (professionnels libéraux et dirigeants assimilés salariés) doivent, en principe, cesser toutes leur(s) activité(s) professionnelles quitte, par la suite, à en reprendre une dans le cadre du cumul emploi-retraite.
Toutefois, pour des raisons pratiques, certains professionnels libéraux peuvent obtenir, auprès de leur caisse de retraite, l'autorisation de poursuivre directement leur activité (donc sans la cesser préalablement) pour recourir au cumul emploi-retraite.
Quelles activités sont concernées ?
Les dirigeants à la retraite qui débutent une activité relevant d'un régime auquel ils n'ont jamais été affiliés, et qui ne leur verse donc aucune pension, peuvent, sans conditions, cumuler emploi et retraite. Tel est le cas, par exemple, d'un professionnel libéral qui a toujours été affilié à la Caisse nationale d'assurance vieillesse des professions libérales (Cnavpl) et qui débute une activité salariée.
En revanche, ceux qui reprennent (ou poursuivent) une activité auprès d'un régime qui leur verse une pension doivent respecter les conditions présentées ci-dessous pour pouvoir bénéficier du cumul emploi-retraite.
Quelles sont les conditions requises ?
Les dirigeants peuvent bénéficier du cumul emploi-retraite dit « intégral », c'est-à-dire cumuler, sans aucune limite, les revenus issus d'une activité professionnelle avec leur(s) pension(s) de retraite dès lors :
- qu'ils ont atteint l'âge légal de départ à la retraite (de 62 ans et 9 mois à 64 ans, selon leur date de naissance) ;
- qu'ils justifient de la durée d'assurance requise pour bénéficier d'une pension de retraite à taux plein (de 170 à 172 trimestres, selon leur date de naissance) ou qu'ils ont atteint l'âge leur permettant de percevoir automatiquement une pension de retraite à taux plein (67 ans) ;
- et qu'ils ont obtenu l'attribution de l'ensemble de leurs pensions de retraite, de base et complémentaire, auprès des régimes de retraite auxquels ils ont été affiliés.
Précision : cette dernière condition est remplie même lorsque les professionnels libéraux n'ont pas encore obtenu les pensions de retraite dont l'attribution à taux plein intervient à un âge supérieur à l'âge légal de départ à la retraite (64 ans, en principe). Tel est le cas, notamment, des pensions de retraite complémentaire attribuées aux pharmaciens (67 ans) et aux vétérinaires (65 ans).
Et si ces conditions ne sont pas remplies ?
Les dirigeants qui ne remplissent pas les conditions du cumul emploi-retraite intégral (retraite anticipée pour carrière longue, par exemple) peuvent, en principe, reprendre (ou poursuivre) une activité tout en percevant leur(s) pension(s). Mais dans une certaine limite seulement, qui varie selon l'activité exercée.
Pour les activités libérales
Les professionnels libéraux qui reprennent ou poursuivent une activité libérale peuvent cumuler leur(s) pension(s) de retraite avec les revenus issus de cette activité. Mais ces revenus ne doivent pas dépasser, pour une année complète :
- le plafond annuel de la Sécurité sociale (Pass), soit 48 060 € en 2026, pour les professionnels libéraux relevant de la Cnavpl (pharmaciens, infirmiers, médecins, commissaires de justice, etc.) ;
- la moitié du Pass, soit 24 030 € en 2026, lorsque l'activité libérale exercée relève de la Sécurité sociale pour les indépendants (consultants, formateurs, développeurs...).
Exception : pour les professionnels libéraux affiliés à la Sécurité sociale pour les indépendants, le plafond des revenus pouvant être cumulés avec la (les) pension(s) de retraite est porté au Pass (48 060 € en 2026) lorsqu'ils exercent dans une zone France Ruralités Revitalisation ou un quartier prioritaire de la politique de la ville.
Pour une activité salariée ou assimilée salariée
Les dirigeants qui reprennent une activité salariée ou assimilée salariée peuvent cumuler leurs revenus professionnels avec leur(s) pension(s) si leur montant global mensuel (revenus + pension(s)) n'excède pas le revenu mensuel moyen de leurs 3 derniers mois d'activité ou, si cela leur est plus favorable, 1,6 Smic brut mensuel (2 916,85 € au 1er janvier 2026). Étant précisé que les dirigeants assimilés salariés doivent, après l'attribution de leur(s) pension(s), respecter un délai d'attente de 6 mois pour reprendre une activité au sein de la même société.
Et si vous dépassez les limites ?
Lorsque les conditions applicables au cumul emploi-retraite plafonné ne sont plus remplies, le montant des pensions de retraite perçues par le dirigeant est réduit (à hauteur des revenus qui excèdent le plafond autorisé). Leur versement peut, dans certains cas, être suspendu. C'est pourquoi les dirigeants doivent informer leur caisse de retraite des changements liés à leur situation professionnelle (augmentation importante de leurs revenus professionnels, par exemple).
Débuter un cumul emploi-retraite
Les dirigeants qui demandent l'attribution de leur(s) pension(s) de retraite et qui poursuivent ou reprennent une activité professionnelle doivent le déclarer par écrit à leur caisse de retraite. Et ce, dans le mois qui suit cette reprise d'activité. Ils doivent également lui transmettre diverses informations et pièces justificatives comme le nom des autres caisses de retraite qui leur versent une pension.
Les motivations du cumul emploi-retraite
Les dirigeants recourent au cumul emploi-retraite par nécessité financière (28%), en raison de la satisfaction qu’ils retirent de leur activité (36%) ou encore parce que leur conjoint(e) exerce encore une activité professionnelle (Insee).
Cumul emploi-retraite : quelle réforme à compter de 2027 ?
Pourquoi une réforme ?
Considéré comme coûteux pour l’Assurance retraite et complexe à mettre en œuvre, le dispositif de cumul emploi-retraite a profondément été remanié par les pouvoirs publics lors de l'adoption de la dernière loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS). L'objectif étant de recentrer ce dispositif sur les retraités qui disposent de revenus modestes et, par là même, d'en limiter l'accès. Les règles présentées ci-dessous, dont certaines sont tirées de l'exposé des motifs du projet de LFSS, doivent encore être confirmées par des décrets.
Qui sera concerné ?
Les nouvelles règles liées au cumul emploi-retraite s'appliqueront à compter du 1er janvier 2027 et, plus précisément, aux dirigeants qui obtiendront leur première pension de retraite à compter de cette date. Les dirigeants qui ont obtenu une pension avant le 1er janvier 2027 ne seront pas concernés par cette réforme et pourront donc bénéficier du cumul emploi-retraite selon les règles actuellement en vigueur.
À quelles conditions ?
La possibilité de cumuler, intégralement ou partiellement, les revenus issus d'une activité professionnelle et une (des) pension(s) de retraite dépendra de l'âge du dirigeant.
Ainsi, les dirigeants qui reprendront ou poursuivront une activité professionnelle sans avoir atteint l'âge légal de départ à la retraite verront l'intégralité de leurs revenus professionnels et de remplacement (des indemnités journalières de l’Assurance maladie, par exemple) déduits du montant de leur(s) pension(s) de retraite.
Entre l'âge légal de départ à la retraite et 67 ans, pension(s) de retraite et revenus professionnels pourront être intégralement cumulés si ces derniers n'excèdent pas 7 000 € par an. En revanche, si cette condition n'est pas remplie, 50 % des revenus dépassant ce plafond seront déduits du montant des pensions de retraite versées aux dirigeants.
Quant au cumul emploi-retraite intégral (cumul, sans limite, de l'ensemble des revenus professionnels et de la (des) pension(s) de retraite), il sera réservé aux dirigeants qui atteindront l'âge de 67 ans.
Autre nouveauté, les dirigeants assimilés salariés n'auront plus à attendre 6 mois pour reprendre leur activité au sein de la même société.